En hommage à la mer

Un voilier de légende

Comme dans toutes les légendes, tout commence par une naissance heureuse, en 1929, dans un chantier du Massachussets. Karenita est le 422ème enfant de l’architecte naval le plus réputé des années folles. John Alden est l’un des acteurs principaux de la course océanique.

Karenita est un deux mâts de 23 mètres, élancé et racé. Ce Ketch est l’œuvre d’un maître au sommet de son art, témoignage d’un style à son apogée.

Les années Flynn

À cette époque, Errol Flynn a 26 ans. Il est acteur vedette de la Warner Bros, selon ses mots « le Baron Flynn, de la cour d’Hollywood, régent de sa majesté le roi Cinéma, Jack Warner ».
En quelques films – Capitaine Blood, la charge de la Brigade légère, les aventures de Robin des Bois – il est devenu une légende d’Hollywood. Une aventure qui succède à cent autres. Né en Tasmanie, le jeune Flynn a pris la mer sur un premier Sirocco pour devenir chercheur d’or en Nouvelle-Guinée. Karenita, rebaptisé Sirocco, garde à jamais la mémoire de Flynn et des années d’Hollywood.

« J’avais entendu parler des Caraïbes, de leur splendeur, comparable, disait-on au Pacifique qui m’avait vu naître, et nous sommes allés à Boston pour acheter un bateau à voile. Et sur-le-champ, je mis cap pour une croisière le long des côtes de l’Atlantique ».
Errol Flynn

Une résurrection

Le destin de Karenita croise la passion d’un homme. Celle de Patrick Khayat, fondateur de la marque Blanc Bleu qui en est toujours le propriétaire. Le bateau est à sec à Tortola, sans pont, ouvert sur le ciel. Dès son acquisition, tout va très vite. Les artisans les plus qualifiés arrivent de Floride, d’Angleterre et du Pacifique pour sa reconstruction à Tortola, aux îles Vierges. Là commence une aventure à laquelle beaucoup ne croyaient plus. Une lutte acharnée, une volonté énorme, une patience sans faille ont permis d’arracher Karenita à la vase de l’oubli.

Tout est à refaire ou presque. Commence la chasse aux plans d’origine. On les trouve un à un. Les bordés des œuvres mortes sont changés. Du Venezuela voisin, on fait venir du bois d’Angélique, de l’Acajou et du Teck. Le propriétaire et ses amis écument ventes aux enchères et antiquaires pour retrouver l’accastillage et les aménagements d’origine dispersés dans toutes les Caraïbes. Une dernière difficulté surgit en 1989.

Le chantier local ne dispose pas des structures nécessaires pour remettre la lourde coque sur la rampe du lancement. De l’Île voisine de Saint Thomas, il faut faire venir un remorqueur, une barge et une grue de 70 tonnes. Le 3 juin 1989, « Karenita » se balance sous la grue géante. Pari gagné ! Il faudra encore construire un quai pour terminer les aménagements. Et un an plus tard, le 28 mai 1990, « Karenita » quitte Tortola pour prendre doucement le chemin de l’Europe. La détermination d’un homme a fait revivre une coque de rêve que l’on croyait vouée à la ruine.

Aujourd'hui

Redevenu « Ketch de course croisière », Karenita a retrouvé l’élégance et la pureté de son style du début des années trente : lignes tendues, matériaux nobles et naturels, aménagements intérieurs raffinés. Le meilleur allié de sa beauté étant sa vitesse, Karenita revit très rapidement sa passion pour la compétition. Dès son arrivée en Europe en 90, il gagne deux courses et deux trophées prestigieux. À Imperia, en Italie, en septembre 90, il remporte le prix spécial du « meilleur représentant des valeurs et de la culture de la mer ».

À Saint Tropez, il gagne le « Trophée Louis Vuitton des voiliers de tradition » pendant la Nioulargue. Suivront de nombreuses victoires dans les régates de bateaux classiques, à Palma, Porto Cervo, aux Régates Royales de Cannes… Après un retour pour célébrer ses 70 ans sur son lieu de naissance le long de la côte Est des Etats-Unis, Karenita retrouve la méditerranée en 2003 pour de nouveaux défis.